Formations en institution

 

Le groupe de parole en institution

Le groupe de parole en institution

 Sophie Rocco.
Comment annoncer la mort? «La violence commence là où la parole s’arrête» M.Halter

Imaginé en 1960 par le Dr Balint, le groupe de parole réunit à cette époque des médecins qui y parlent de leur pratique médicale avec le postulat psychanalytique de l’existence de l’inconscient. En effet, le Dr Balint, également psychanalyste, est convaincu du rôle actif de l’inconscient dans son interaction avec le patient qu’il reçoit atteint dans son corps. Il a conscience des affects et projections qu’engendre sa place de médecin (transfert) et que ces projections l’affectent lui-même(contre-transfert).Il a besoin de parler à des collègues, qui sont, comme lui, tenus au secret professionnel et ne peuvent s’épancher avec leurs proches sur ce qu’ils vivent au sein de leur profession médicale. Et puis certains sujets sont tabous : leurs pensées ou angoisses humaines face à la maladie grave, la question de la mort à venir d’un patient, l’impuissance de la médecine face à certaines pathologies, un traitement éprouvé qui ne fonctionne pas, l’annonce d’une fin de vie…

Les groupes de paroles ont pris de l’essor jusqu’au champ du social pour se décliner aujourd’hui en institution pour les patients, mais aussi pour les équipes pluridisciplinaires qui œuvrent quotidiennement au sein de l’hôpital, d’une clinique privée, d’une institution sociale ou médicale.

Ce rendez-vous hebdomadaire en institution médicalisée est plus que jamais incontournable. Il concerne, à mon sens, chaque soignant, chaque patient indirectement. En effet, par la mise en mots salutaire, il forge le socle d’une équipe, composée différents métiers complémentaires, soudée. Renforcée, cela rejaillit naturellement sur une prise en charge mieux pensée, où tout en étant présent auprès du patient, le soignant prend lui aussi soin de lui dans une pratique éthique.

C’est l’habitude de s’exprimer, avec d’autres collègues de son équipe, en toute confidentialité, dans un cadre précis posé en amont du groupe par le psychologue, qui permet l’expression, le partage d’éprouvés, de pratiques, d’expériences et de réfléchir sur les aspects cliniques de leurs pratiques professionnelles. Mettre du sens à ce que l’on vit dans sa profession est essentiel pour continuer à penser, à ne pas ériger des mécanismes de défense, nécessaires, mais qui parfois se rigidifient à l’occasion de la rencontre du Réel sur le terrain, et mécanisent malgré eux, leurs attitudes au quotidien. C’est alors une course effrénée à l’efficacité où le sujet ne tient plus compte de ses propres ressentis, tant il est pris au cœur de l’action.

Aujourd’hui, c’est une question d’éthique et de reconnaissance de son personnel soignant pour l’institution que de permettre ce temps de paroles à ses équipes puisque ce temps est compté dans leur temps de travail  ; mais ce groupe peut aussi être le garant d’un certain idéal que se fait chaque soignant de son métier au cœur de sa pratique. On peut entrer par hasard dans une spécialité médicale aux frontières du corps ou de la psyché (soins palliatifs, réanimation, soins palliatifs, psychiatrie) mais on n’y reste pas par hasard. Penser sa pratique c’est aussi se renarcissiser quant à sa valeur au sein de l’institution, de son équipe, de sa profession.

Il est donc primordial, pour les soignants qui sont garants du cadre professionnel auprès des patients, de continuer à élaborer, pour faire évoluer leur pratique mais également pour continuer à penser dans un mouvement constructif et ne pas laisser s’enkyster de petits traumatismes qui peuvent un jour faire traumatisme.

De par mon orientation théorique postulée par l’existence de l’inconscient, je suis dans ces groupes de paroles, en tant que Psychologue Clinicienne et Psychanalyste, à l’écoute, du fil de l’inconscient groupal.

Extérieure à l’institution, je suis à même de pouvoir écouter la subjectivité des soignants ne travaillant jamais avec les patients et les soignants d’une même institution. L’idéal est d’être totalement extérieure à l’institution qui elle-même véhicule sa propre histoire inconsciente qui n’est pas anodine, même si des aménagements se font parfois avec plusieurs psychologues dédiés à des tâches bien distinctes dans une même institution.

le groupe d'analyse des pratiques en institution

Le groupe d'analyse des pratiques en institution

"Transmission " Sophie Rocco.
Transmission de S. Rocco
Qu’est ce qu’un groupe d’analyse des pratiques ?

L'analyse des pratiques, comme démarche de formation, se développe depuis 1960. Initiée par un médecin psychiatre et psychanalyste hongrois, Michael Balint (1896-1970) prônait alors comme Freud «l'implication psychologique dans la pratique médicale»

Il crée, à cette époque, par le biais du groupe d’analyse des pratiques, un outil destiné à développer sa pratique entre confrères en l’occurrence, des médecins. L'ouvrage fondateur de ce dernier «Le médecin, son malade et la maladie» postule l'importance déterminante de la relation patient/médecin dans le processus de soin ou de guérison. S’appuyant sur la théorie psychanalytique, M. Balint met en avant les notions de transfert et de contre-transfert pour tenter d'éclairer ce qui est en jeu dans le lien médecin/patient. Entendons par transfert ce que Freud désigne lui-même par «Ce qui donne au transfert son aspect particulier, c’est le fait qu’il dépasse la mesure et s’écarte de par son caractère même et son intensité, de ce qui serait normal, rationnel» dans la relation au médecin. Le contre-transfert, lui, est une manifestation subjective en réaction au transfert, réaction qui n’est pas facilement maitrisable parce qu’elle implique directement le sujet qui réagit à son issu, sur le plan inconscient, avec son propre vécu.

A présent, les métiers du champ sanitaire et social, du médical biensûr ont recours à ce type de dispositif. En effet, la pratique professionnelle dans ces champs mobilise un savoir-faire et un savoir-être capitaux puisqu’elle est quotidiennement au cœur de la relation humaine. Si les formations théoriques sont essentielles, la pratique sur le terrain, loin de correspondre parfois à l’idéal que se forge le jeune professionnel gagne beaucoup à être analysée en corrélation directe avec le vécu clinique. Partages d’expériences, mises en pratique de la théorie en lien avec la pratique ou inversement.

Ce temps d'analyse des pratiques, consacré à l'exploitation du vécu, est à distinguer de la supervision ou du groupe de parole. En effet, cette pratique a pour but de permettre à ses participants de développer une posture réflexive sur ce qu'ils font. Devenir «analyste de sa pratique», c'est se demander : «En quoi suis-je pour quelque chose dans ce qui m'arrive ?»

En institution, cette analyse des pratiques est couramment mensuelle. Le groupe annuel est «fermé » en ce sens qu’il regroupe en général les mêmes personnes ce qui renforce le sentiment de confiance indispensable à cette pratique.

Lors du groupe d’analyse des pratiques, le psychologue clinicien, garant du cadre et de ce qui se joue sur le plan inconscient, pose un cadre précis qui regroupe quelques règles éthiques et permettant une parole libre et sans jugement. Toute situation peut être évoquée, ce qui permet à chacun de pouvoir s’identifier dans un exemple donné, d’illustrer une situation proposée….

En effet, le champ médical n’est pas exempte de situations extrêmes : en clinique, à l’hôpital, en maison de retraite, la confrontation à la mort mais également au corps de l’Autre abimé, altéré n’est pas anodine. Tenus par le secret professionnel et une certaine pudeur, il est difficile éthiquement et moralement de pouvoir partager pour le soignant avec d’autres personnes que ses collègues sur ce qu'il vit dans son quotidien au chevet ou auprès des patients.

S’entame  lors de ce groupe une réflexion sur la pratique clinique de chacun, basée sur des situations véritables vécues par les soignants ou salariés concernés et leur permettant de :

  • verbaliser sur la prise en charge,
  • exprimer leurs ressentis,
  • identifier les impasses,
  • élaborer sur ces situations,
  • échanger des expériences, apporter des éléments théoriques permettant d’enrichir ses outils dans la prise en charge.

Voila pourquoi il me semble si important de réfléchir à sa pratique régulièrement au sein de son institution, avec un psychologue extérieur qui n’est pas pris dans le mouvement institutionnelle, garant d’une certaine neutralité, dans ce temps faisant partie du travail du salarié, garant d’une pratique éthique dont l’institution se fait l’émissaire.

Formations thématiques

Formations thématiques

Sophie Rocco
Perdre un proche De formation universitaire bipartite, j’ai des connaissances dans le domaine des sciences cognitives et suis également aguerrie à la psychopathologie d’orientation analytique. Forte de mon expérience dans les champs de la clinique de l’extrême, j’ai à cœur de transmettre aux étudiants, au sein du lieu où ils sont formés et encore très perméables à la théorie et la connaissance, une base théorico-clinique la plus proche du terrain tout en rendant la théorie accessible et concrète. Ils gagnent à avoir une formation de base solide, car malgré leur formidable volonté - comme le souligne la Fnep «c’est l’enthousiasme des personnes qui fait la force d’une entreprise» - leurs cursus, parfois courts les mènent dans des métiers très intenses sur le plan humain : leur donner un outil de base pour mener leur réflexion est essentiel. Car il faut trouver «un sens» à son travail pour s’y s’épanouir.
Mais c’est également au cœur de l’institution, après plusieurs années d’expérience, par le biais du Développement Professionnel Continu (DPC) que la théorie autrefois très virtuelle aux temps des études a pris tout son sens sur le terrain et qu’il est vivifiant d’élaborer entre collègues à travers une formation ciblée dans leur champ d’exercice. Ainsi , réfléchir sa pratique soignante dans le champ du handicap sans se rendre compte des mécanismes de défense mis en place peuvent s’avérer destructeurs car ils peuvent peu à peu élimer le sens, ternir l’idéal de son métier par une souffrance intérieure non élaborée, par exemple.

Dans ces temps de formation thématiques que j’apprécie, et qui me stimulent, j’ai à cœur d’élaborer avec les étudiants, soignants ou travailleurs sociaux ce qui se joue quotidiennement dans leur pratique en m’appuyant sur mon expérience clinique et les leurs, en transmettant de façon compréhensible les théories qui les sous-tendent.

Plusieurs champs de la sphère médicale me sont familiers :

  • le soin palliatif et le champ du deuil (temps du deuil, agonie, fin de vie, suivi de deuil)
  • le traumatisme (burn-out, harcèlement sexuel, inceste, évènementiel),
  • le champ du corps (psychosomatique, le handicap physique, la maladie chronique, vieillir)
  • la psychopathologie (névrose, psychose, mécanismes de défense),
  • les ateliers d’éthique : la compliance dans le soin, le secret professionnel, la dignité, la violence dans le soin …