Dépression, Traumatisme, Identité

Etre apathique, constamment fatigué, avoir envie d’en finir,plus couramment avec ce sentiment de mal-être qu'avec soi même, être  littéralement submergé par la tristesse dès le réveil, être accablé de désespoir, avoir des idées noires, ne plus trouver ni saveur, ni sens aux choses qui nous entourent, être assailli par des crises de larmes intempestives…. Renoncer le matin à pouvoir se lever de son lit, ne plus avoir d’élan vital ou de plaisir dans les petits événements quotidiens sont les signes évidents d’une profonde dépression. La dépression est une maladie générant une souffrance profonde car invisible aux yeux d'autrui.
Si elle est une phase naturelle du deuil, elle n’est justement pas totalement indistincte de ce dernier.
En effet, une dépression n’est pas anodine. Ce mal-être est sans nul doute «surdéterminé», en ce sens que plusieurs causes ont un moment fait boule de neige, formant par enchevêtrement ,un « nœud » psychique,s'amalgamant à une douleur ancienne. C'est pourquoi ce vécu est si profondément douloureux qu’on croit parfois ne jamais pourvoir le dissoudre.
En effet, cette souffrance si intense dénote clairement que se joue un conflit intrasubjectif  majeur. Quelle est sa racine? Ancienne, profonde, réactualisée par un événement contemporain. Cette blessure ancienne réédite ou s’édite après-coup ,incompréhensible sur le plan conscient, mais salutaire si elle est élaborée et comprise, permettant de rebondir vers une nouvelle étape de vie.

Dépression

Dépression, Mélancolie, Manie

« J'ai touché le fond de la piscine
Dans le petit pull marine,
Tout déchiré aux coudes
Qu'j'ai pas voulu recoudre,
Que tu m'avais donné.
J'me sens tellement abandonnée» (…)
« Avant de toucher le fond,
Je descends à reculons,
Sans trop savoir ce qui se passait dans le fond »
«Extrait de la chanson Pull Marine» – I. Adjani

Dans la dépression, la dimension narcissique est essentielle. La relation à l’autre aimé est capitale et l’on comprend le danger encouru lorsqu'une personne perd l’être aimé au cours d’une rupture sentimentale, d'un accident,est licencié d'une société dont le sujet épousait pleinement les valeurs ou la philosophie...et semble en même temps perdre quelquechose d'elle-même  sur le plan identitaire : une femme enceinte qui devient mère, un homme marié jeune qui est pour la première fois célibataire, un adulte qui perd son parent sans être lui même parent, un statut professionnel qui change...

Ce qui est violent dans la dépression est qu'elle est invisible aux yeux de l'entourage, obscure pour ceux qui n'ont jamais traversé de phase dépressive. Pourtant cette phase dépressive est , le souligne, M. Klein,  dans la construction du sujet, essentielle. En effet, si le bébé est dans les premiers temps de sa vie convaincu, lorsqu'il est entouré d'un "environnement suffisamment bon "comme théorisé par Winnicott, qu'il est tout-puissant, il n'est pas bon qu'il ne puisse à un moment donné être frustré pour grandir.Dans les premiers temps, s'il a faim, le mère ou le maternant satisfait son besoin. C'est le temps de la symbiose primaire. Mais lorsque cette phase s'achève et que le petit grandit, commence à s'autonomiser, cette défusion primaire peut s'avérer violente si la mère ne sait mettre une limite à la satisfaction qu'elle accorde à son enfant qui doit accepter qu'elle ne fait plus un avec lui , où la frustration sera nécessaire à vivre pour grandir. Cette phase particulièrement critique se se résorbe jamais tout à fait. Une séparation ou une perte de soi ou de l'autre peut momentanément réactiver ce douloureux sentiment d'abandon.

La dépression peut donc survenir quelque soit l’âge et la structure psychique de la personne. Le sujet se sent incapable, à son propre desespoir,  par une réalité inconsciente qui l’inhibe, soit par un dérèglement organique (somatique) qui de fait l’empêche, d’agir. Soit le sujet est déçu de la réalité suite à une perte , soit la remise en question se produit au niveau de sa propre estime. Qu’il s’agisse de la perte d’une personne aimée ou de l’estime que l’on a de soi, la perte semble intolérable pour continuer car l’idéal de la personne est atteint. Quand survient l’impuissance à agir, à continuer, lorsque le sujet se sent paralysé, une psychothérapie analytique ,parfois combinée avec des psychotropes, peuvent par leurs actions conjointes aider la personne à comprendre , à donner un sens à sa souffrance et à sortir de sa dépression.

LA MELANCOLIE, IDEES NOIRES

«La mélancolie se caractérise du point de vue psychique par une dépression profondément douloureuse, une suspension de l’intérêt pour le monde extérieur, la perte de la capacité d’aimer, l’inhibition de toute activité et la diminution du sentiment d’estime de soi qui se manifeste en auto-reproches ».Freud, 1917.

Le narcissisme, ou plus simplement l’image que l’on a de soi et le regard qu’on porte sur sa propre personne joue un rôle majeur dans la mélancolie. Si dans le deuil le monde est pauvre et vide sans la personne aimée, dans le cas de la mélancolie, c’est le moi lui-même qui parait vide et pauvre au sujet. Voila une des choses très difficile à exprimer, un ressenti assez subtil à partager d'autant qu'on se sent particulièrement vulnérable, voir immontrable aux yeux de l'autre. Comment avoir envie d'en parler à un proche quand on se sent si radicalement déprécié à ses propres yeux ? Comment se dire quand on se retrouve face à un ami, un parent, qui souhaite comprendre? Quel est le mécanisme psychique à l’œuvre et comment en sortir ? La source de cette mélancolie est propre à chacun et elle se détisse au cours d'un long travail d'analyse.

LA MANIE

Dans la manie, sorte d’inverse à la mélancolie, le moi est tout-puissant, exalté, immense, grandiose, les pulsions érotiques ayant pris le pas sur les pulsions de destruction. La manie serait un mécanisme de sentiment de toute-puissance permettant d’avoir la sensation de commander le monde et de maitriser les objets. Le sujet peut alors faire des dépenses folles, se lancer dans des projets improbables,mégalomaniaques en toute bonne foi, son jugement étant altéré par cet état parfois transitoire avec celui de la mélancolie ; on est alors devant un tableau d’une maniaco-dépressive ou sémiologiquement étiqueté comme bipolarité. La même cause semble agir dans les 2 versants, comme le montre le risque soudain qu’à n’importe quel moment l’excitation se transforme en inhibition Le surmoi* a ici une grande action en négatif dans le cas de la mélancolie et en positif dans le cas de l’accès maniaque.

Traumatisme sexuel

Traumatisme sexuel : inceste, viol, harcèlement sexuel...

«L’horreur de l’inceste, celui-ci étant un fait antisocial auquel, pour exister, la civilisation a du peu à peu renoncer.» Freud 1897. Inceste, violence conjugale ou harcèlement, ces situations qui effractent tant le corps que le psychisme en garde la  trace...

Sortir de l’inceste

Pour que l’inceste ait lieu, c’est que l’incestuel a précédé ce passage à l’acte. Qu’est ce que l’incestuel ? Un climat familial nous dirait Racamier, où sur le plan de l’inconscient familial les places de chacun sont implicitement confondues où la confusion des générations ne marque aucun rôle précis, aucune limite entre un enfant et un adulte, un grand parent et un petit enfant. C’est une famille où la question temporelle est singulière. A l’insu de tous.

Une séduction primaire naturelle

Si la séduction est naturelle entre la mère et l’enfant, la mère étant séduite par son nourrisson qui n’a d’yeux que pour elle, dans ce moment intense qui suit l’accouchement et dans les quelques semaines qui suivent cette rencontre dans le milieu aérien, la mère est alors dans une « préoccupation maternelle primaire » normale (Winnicott) qui la met dans une bulle avec son tout petit et permet une prise en charge adaptée compte tenu de l’immaturité du bébé humain à sa naissance. Si le père peut parfois se sentir exclu de cette scène (si le nouveau né est un fils, cela peut convoquer en lui le fils qu’il fut pour sa mère), si ce moment de fusion primaire est normal, vient un second temps où l’autonomie de l’enfant doit se faire. C’est le sevrage du sein par exemple, qui mettra un premier écart au sein de cette dyade primaire, c'est-à-dire du couple formé par la mère et son nourrisson. L’un est dépendant de l’autre.

Une culpabilité parentale face à un idéal écorné

Dans la situation singulière où la santé de l’enfant est en jeu (problème organique du tout petit à la naissance, handicap physique ou psychique, maladie évolutive) la séparation sera d’autant plus difficile que la maladie entrainera une attention et une dépendance concrètes : l’enfant ne pourra se séparer et s’autonomiser vraiment de sa mère (ou de son maternant étant la personne qui s’occupe de lui après la naissance), d’autant que celle-ci éprouve malgré elle une culpabilité inconsciente à ne pas avoir enfanté un enfant parfait par exemple, à avoir transmis une maladie génétique , de ne pas avoir protégé son enfant d’un environnement dangereux, à moins que l’angoisse et la colère inconscientes de la mère se muent en une surprotection entravant l’autonomisation de cet enfant, enfant pourtant précoce de par les épreuves qu’il vit.

Si le bébé séduit le plus naturellement du monde l’adulte qui prend soin de lui et que cela le construit, du côté du parent cela peut être plus complexe du fait qu’il est lui-même agi par sa propre histoire, sujet porteur et transmetteur de l’histoire inconsciente familiale. Si l’inceste survient lors de la période œdipienne, au moment où l’enfant désire naturellement le parent de sexe opposé, et si la réponse à cette demande d’amour de l’enfant sur la carte du tendre est pervertie par une pensée sexuelle adulte et actée, cela peut faire traumatisme parce que le fantasme vient à manquer le but premier : celui, par le fantasme, de la constitution de l’oedipe c'est-à-dire d’intérioriser que l’interdit sexuel avec le parent.

Sur le conte de Peau d’Ane…

Repensons au conte de Peau d’Ane. La mère de Peau d Ane meurt laissant seule le père et sa fille. Le roi est si amoureux de sa fille - et c’est l’oedipe qui s’en mêle, quel fils ne désire pas se marier un jour avec maman et évincer le père, et quelle fille n’a jamais espéré être la femme de son père, en supplantant sa mère ?
- qu’il veut l’épouser. Peau d’Ane alors qu’elle aime son père résiste en demandant des robes toutes plus belles les une que les autres pour finir par s’échapper ce qui lui permettra de s’émanciper et de rencontrer un homme.

Dans ce conte, le père de Peau d’Ane ne peut différer le désir qu’il a pour sa fille, substitut de cette mère morte. L’écart entre les générations est annulé. Confusion de langues entre demande de tendresse et réponse sexuelle L’enfant aime son parent et ne souhaite pas le décevoir. Il parle le langage du « tendre » tandis que l’adulte parle de sexualité. C’est là qu’il y a « confusion de langues entre adulte et enfant », titre du célèbre texte du psychanalyste hongrois S. Ferenczi. Parfois à tout prix, malgré lui. Sous le sceau du « secret », d’une préférence certaine , d’un manque d’amour de l’environnement mais dont l’enfant se voit soudain important et gratifié, parfois menacé, même s’il sent que le parent à tort, c’est lui fixe les lois ;c’est sur cette limite que se joue la perversion de l’adulte, parfois anciennement abusé d’ailleurs.
Et l’enfant cède malgré lui par ce qu’il ne faut pas détruire la famille, parce qu’il se sent coupable de refuser. L’enfant s’il n’est pas coupable de la faute du parent incestueux doit apprendre à penser par lui-même au lieu de se soumettre à l’autre. Ce serait disqualifier l’enfant en tant que sujet de dire qu’il ne comprend pas ce qui se passe,
ce serait comme le fait l’agresseur, prendre la victime d’inceste pour un objet, c'est-à-dire quelqu’un qu’on ne considère pas comme une personne digne de penser par elle-même. Souvent l’identification à l’agresseur, chère au psychanalyste Ferenczi, devient une défense ; ainsi l’ancien agressé devient l’agresseur, l’ancien abusé devient abuseur. A moins que ce secret ne se transforme en somatisations, en mythomanie ou en un délire qui va préserver l’individu dans une néo-réalité par le biais de la psychose.

Les conséquences sur la vie sexuelle et sentimentale peuvent être multiples : de la frigidité à des problématiques somatiques, d’une immaturité sentimentale à un célibat forcené, la question de l’inceste subi ou acté est une véritable douleur psychique qui peut entraver la réalisation d’une vie amoureuse épanouie.

Suite en création.

Traumatisme événementiel

Traumatisme événementiel

Voir une scène insoutenable qui vous confronte aux limites de la vie, vivre un événement d’une rare violence sur la voie publique dans le cadre de son métier, apprendre un suicide, voir mourir quelqu’un de cher, sans y être préparé, autant de situations qui peuvent avoir un retentissement durable sur la vie psychique d’une ou de plusieurs personnes faisant traumatisme. Sidération de la pensée face à cet événement, anesthésie psychique, fragmentation d’une partie du moi, « l’auto clivage narcissique » décrit par Ferenczi, psychanalyste hongrois du siècle dernier, les mécanismes de défense auxquels l’humain a recours dans ces moments extrêmes où il est face à sa mort ou celle de l’autre, redoute de perdre la vie, sont d’ordre archaïque, appartenant à des stratégies de défense très anciennes. C’est dire la violence et l’insupportable charge émotionnelle dont le sujet est l’objet à son corps défendant.

Le traumatisme psychique est d’autant plus violent qu’il est inattendu biensûr mais surtout parce qu’il est invisible aux yeux du monde, qu’aucune séquelle physique ne fait trace pour l’autre qui reçoit la confidence, le chagrin ou la douleur de son proche .En vivant , revivant parfois ces scènes de façon diurne ou nocturne à travers des cauchemars, essayant sans cesse de corriger la scène, de donner une issue favorable à une situation qui a mal tourné, qui tourne en boucle de façon itérative et insoutenable, le sujet quand il n’est pas sidéré, tente d’en sortir.

On pense naturellement, comme Freud ou Ferenczi le postulaient, aux névroses de guerre, à la première guerre mondiale, au Vietnam, à l’Algérie, à la plus récente la guerre du Golf mais également à un attentat, un accident de voiture, une mort brutale. Cet événement fera d’autant plus traumatisme qu’il résonne avec une faille inconsciente ancienne qui ne fait sens que pour la victime de ce traumatisme. Comme Freud le soulignait le cristal ne se brise qu’à l’endroit ou une fêlure existait. C’est de cette fêlure ancienne que le traumatisme parle. C’est ce nœud qui est à dénouer de façon individuelle en thérapie ou à plusieurs en groupe de parole.

Le traumatisme est d’autant plus insidieux qu’il peut se loger dans une sorte de crypte psychique qui peut alors resurgir à la génération suivante, transmise d’une génération à une autre sur le plan inconscient encrypté et si je puis dire, en message crypté comme dans le cas du secret de famille. Mais de façon plus insidieuse quand la transmission est celle de tortures subies ou de morts administrées. C’est l’effet que produit le génocide par exemple, un traumatisme de masse indélébile comme le fut la Shoah ou le génocide rwandais, arménien etc…Le traumatisme tatoue le psychisme pour une vie ou plusieurs. C’est pour cette raison qu’il peut être essentiel de le « déminer «  avant qu’il ne se transmette invisiblement, délivrant par la même la porteur d’une telle douleur entravant souvent plusieurs pans de sa vie.

Troubles neurologiques

Troubles neurologiques

«La mémoire du passé n'est pas faite pour se souvenir du passé, elle est faite pour prévenir le futur. La mémoire est un instrument de prédiction.» - Alain Berthoz

Aborder le thème des troubles neurologiques alors qu’on parle de psychanalyse semble n’avoir aucun lien tant le paradoxe semble fort. Et pourtant. Une personne même très atteinte sur le plan cognitif suite, par exemple à un accident de voiture, à un AVC (Accident Vasculaire Cérébral), la maladie d’Alzheimer, reste un sujet, toujours riche de son inconscient. Je rejoins Le Gouès, psychanalyste, qui fait le pari pascalien «sur la présence d’une vie psychique chez le dément», entendons ici à la place de dément, toute personne atteinte sur le plan neurologique qui semble dérailler sur le plan conscient tout au moins.

Qu’est ce qu’une atteinte neurologique ?

En neurologie, on utilise beaucoup le mot «déficit». On pense à une détérioration, une incapacité de la fonction neurologique : perte de la parole, du langage, de la mémoire, de la vision, de la dextérité, de l’identité… Chaque mot désigne une fonction mentale ou neuronale dont la personne, par le biais de la maladie, d’une blessure ou d’un manque de développement peut se trouver partiellement ou totalement privés. Ce qui intéresse Sacks*, ce sont ces «désordres neurologiques affectant le soi» qui ouvrent et laissent entrevoir des mondes à peine imaginés. Ces désordres peuvent résulter de détériorations autant que d’excès fonctionnels. Mais une maladie n’est jamais qu’un excès ou une privation car il y a toujours une réaction de la part de l’organisme pour restaurer, remplacer, compenser et préserver son identité, si étranges que puissent paraître les moyens pour parvenir à ce résultat. Tout comme Freud, qui loin de condamner les délires de paranoïa, considérait qu’ils étaient des tentatives, souvent maladroites de restitution, de reconstruction d’un monde réduit à l’état de chaos.

Pour le sujet atteint de séquelles neurologiques, une identité est à retrouver. Comment tout simplement continuer à être tandis qu’on ne se reconnait plus, tandis que l’autre, qui est le garant de qui nous sommes par son regard, n’arrive plus, lui aussi, à s’y retrouver ? Qu’il s’agisse d’un AVC, de la maladie d’Alzheimer, d’une fin de vie, la question identitaire est très prégnante car elle régit notre façon d’être et de nous appréhender tant par celui qui nous fait face, que par ce qu’il représente pour nous dans notre constellation psychique.

Il est très difficile par exemple d’imaginer les conséquences de certains troubles comme l’héminégligence. Un patient atteint par ce trouble raconte comme il est attiré comme un aimant vers un côté et en oublie l’autre, tandis qu’un artiste peintre fait désormais abstraction des détails dans ses tableaux. L’handicap fonctionnel de ce syndrome est très invalidant. La personne cérébrolésée peut facilement se sentir dépendante de son entourage si elle n’est pas anosognosique concernant sa pathologie. Se socialiser, s’insérer ou discuter dans un groupe peut s’avérer difficile puisque le sujet ignore une partie de l’espace. Si la porte est sur sa gauche, sortir d’une pièce peut devenir laborieux s’il n’est pas rééduqué à faire le tour de lui-même pour resituer la sortie dans son hémichamp droit. Il aura aussi de fortes difficultés à s’occuper de ses documents administratifs puisqu’il aura du mal à écrire, lire, calculer.

Si un entourage et une rééducation adaptée ne sont pas correctement envisagés, un certain isolement et une certaine inhibition sociale peuvent voir le jour. Gêné malgré lui par son handicap, le sujet devra trouver un sens pour investir sa rééducation et vivre le deuil parfois d’un état antérieur, d’une vie qu’il ne retrouvera pas. L’équipe pluridisciplinaire qui œuvre pour permettre cette rééducation physique si elle est capitale doit à mon sens se doubler d’une prise en charge psychique permettant à la personne concernée de se retrouver sur le plan identitaire.

Pour les proches de la personne lésée neurologiquement, un deuil à faire. C’est toujours compliqué de communiquer avec un proche quand ce dernier ne semble plus avoir de mémoire à court terme, alors qu’on se rappelle de lui avec une fabuleuse mémoire …et qu’aujourd’hui il est amnésique et ne se souvient pas, avec la meilleure volonté du monde, des derniers mots que vous avez prononcés comme l’illustre le sketch de la série «vestiaires»**.

C’est toujours déstabilisant de penser réconforter un parent atteint d’une maladie neurologique et de se voir insulter alors que les relations étaient excellentes. C’est toujours surprenant quand on visite un proche à la clinique paré d’un grand sourire et que ce dernier se mette à pleurer longuement alors qu’il était d’un naturel très pudique avant l’accident…Voila des comportements qui semblent contradictoires quand on est devant l’énigme de la maladie psychique, et moins quand on comprend les symptômes de la maladie neurologique. Car la maladie psychique se distingue de la maladie neurologique alors même que certains symptômes semblent être parfois les mêmes. Or dans la maladie neurologique, c’est une sorte d’erreur « mécanique » qui transforme extérieurement le sujet tandis qu’il reste sur le plan inconscient lui-même.

Comment le comprendre ? Mais pourquoi n’arrive t’il pas à se «contrôler» ? Chaque personne et chaque histoire sont singulières. Peut être que telle insulte s’adresse au sujet lui-même qui vous montre son désarroi à ne pas pouvoir communiquer comme il le souhaite ; peut être que telle autre personne prolixe habituellement dira maintenant peu de mots parce qu’il sait qu’il ne parviendra pas à vous exprimer clairement ce qu’il souhaite…Tant de raisons inconscientes dont seul le sujet dispose de la clé de son énigme personnelle.

Si la personne cérébrolésée est anosognosique, il appartiendra à l’entourage de bien soutenir son proche car ce dernier sera très gravement invalidé même s’il ne s’en rend pas compte : écrire, compter, lire le journal, ouvrir sa boite aux lettres ou conduire une voiture, autant d’actions quotidiennes, selon le degré d’atteinte, que cette personne ne pourra plus effectuer de façon autonome sans être un danger pour elle-même. En effet, ne voyant peu ou prou ce qui se situe dans son hémichamp droit, pour reprendre cet exemple, elle peut se blesser en cognant à un mur ou heurter une personne lors d’un déplacement. En cas d’héminégligence globale souvent accompagnée d’anosognosie en début de maladie, Il faudra que l’entourage veille à une prise en charge de tâches non travaillées lors de séances de rééducation. Il apparaitrait que cette prise en charge soit efficace. La question du maintien au long terme de ces acquis est d’actualité.

Oublier pour un soignant qu’un patient oublie, être surpris par une brusque réaction émotionnelle d’un proche alors qu’il était peu enclin à montrer ses ressentis peut s’expliquer par un dysfonctionnement neuronal, comme une séquelle d’un accident neurologique. L’origine de ce ou ces troubles est « mécanique » : tout personne qui a côtoyé une personne atteinte de ce type de troubles peut comprendre le côté déroutant mais également non maitrisable de ces lésions. Comprendre et appréhender ce fonctionnement peut contribuer à diminuer l’angoisse de la personne concernée , à ce qu’il puisse s’exprimer plus librement ; qu’il se sente respecté au cœur de sa maladie avec les conséquences neurologiques qu’il vit.

Plusieurs exemples de troubles neurologiques peuvent faire imaginer le désarroi du patient atteint mais aussi de ses proches .Il s’agit de l’amnésie et de l’incontinence émotionnelle. Mais c’est surtout l’AVC, qui est la première cause de handicap en France , qui est le plus courant.L’étiologie est neurologique c'est-à-dire qu’une ou plusieurs parties du cerveau qui ont la maitrise de ces zones dans le cerveau sont atteintes.

L’exemple de l’AVC

Les conséquences dépendent de la rapidité de la prise en charge, de l'étendue de la zone touchée et de la zone cérébrale atteinte. C'est ainsi que les séquelles peuvent aller d'une hémiplégie où le patient récupère rapidement à un handicap lourd permanent comme une tétraplégie. Le plus souvent, la récupération fonctionnelle survient en quelques jours à quelques mois car si des cellules cérébrales ont été détruites, d'autres peuvent prendre le relais, sans oublier la plasticité cérébrale qui fait que d'autres zones du cerveau peuvent développer des fonctions de remplacement. Il existe cependant des cas où les paralysies deviennent permanentes, s'accompagnant de difficultés à déglutir, à parler et à réaliser les activités quotidiennes. De nombreux autres troubles peuvent se manifester : troubles de la mémoire, de la pensée, de l'apprentissage, des émotions, rétrécissement du champ visuel périphérique, baisse de l'audition, perte de contrôle des sphincters (incontinence urinaire), etc. Concernant l'AVC ischémique, on considère que les troubles neurologiques qui persistent au-delà de 6 mois deviennent définitifs, tandis qu'en cas d'AVC hémorragiques, des améliorations peuvent être attendues sur plusieurs mois, voire des années. Les séquelles neurologiques sont donc loin d’être facilement compréhensibles et surtout acceptables.

Accompagner et donner un sens

Dans ce type de pathologie, la famille souffre, la personne accidentée aussi. Pour chacun un deuil est à faire.

Pour celui qui vit l’accident et dont les séquelles sont parfois lourdes, sa vie entière est bouleversée pour parfois même relever du champ du handicap : la vie sociale, l’identité professionnelle, la vie familiale et amoureuse peut s’en trouvée changée à jamais. La personne doit donc réapprendre à vivre avec de nouveaux repères. Pour d’autres des aménagements de vie sont nécessaires, tandis que pour certains suite à des pertes d’ habilités, un vrai changement de vie est imposé.

Pour le proche, le conjoint, l’enfant, la famille un deuil s’amorce également, parce que désormais celui qu’on aime n’est plus le même. Comment se sentir encore l’enfant d’un père qui ne vous reconnait plus comme tel? Autant de repères, de place familiale, de changement de code de communication qui désarçonnent.

Cette période suivant l’accident qui crée cette blessure neurologique, même si elle est très douloureuse tant pour le sujet, que pour ses proches, est, à mon sens une période de remaniement identitaire qui peut être très porteuse. Elle permet, comme dans tout moment de crise, dans tout moment où le corps « fait des siennes », ou effracté il fait émerger à la surface des problématiques, de mettre un sens et de procéder à un réaménagement cognitif et psychique intenses.

*Source : O SACKS, l’homme qui prenait sa femme pour un chapeau, seuil,1990, 313p

** Source internet : Série Vestiaires

Identité Sexuelle

Identité Sexuelle

La question du sexuel est au coeur du questionnement psychanalytique. Le désir homosexuel est présent chez tout humain de façon « latente » ou « manifeste ».A l’adolescence une des taches de l’humain est celle de renoncer à sa bisexualité. Le choix d’aimer une personne de son propre sexe peut par exemple répondre à un désir inconscient de revaloriser son propre sexe , l’image de ce dernier ayant été par exemple bafouée, narcissiquement blessé : en aimant une personne du même sexe, la personne revalorise son propre sexe.