Comment annoncer la mort ?

Le deuil est «la réaction à la perte d’une personne aimée comme une dépression profondément douloureuse, une suspension de l’intérêt pour le monde extérieur, la perte de la capacité d’aimer, l’inhibition de toute activité.»

FREUD , Deuil et mélancolie , 1915.


Comment annoncer la mort ?

L'annonce d'un décès, une nouvelle violente

Sophie Rocco
Qu’est ce que le deuil ?La mort est taboue, elle fait peur. Serait elle contagieuse, où est-ce un moment authentique où , on ne peut, bon gré, malgré, se défausser de soi ? Que la mort soit attendue (coma, longue maladie) ou soudaine (accident, attentat, rupture ) la nouvelle de la mort est un choc qui nécessite une période d’adaptation pour le psychisme. Etre confronté à la mort, voir le mort, c’est accepter une réalité insupportable, c’est être dans ce qu’on nomme en psychanalyse le Réel, l’innommable. Mais ce Réel n’est justement pas figurable. Il est insupportable à intégrer. La mort crée, ce que l’on appelle en psychologie cognitive, une incongruence cognitive, c'est-à-dire qu’elle nécessite un travail psychique intense afin d’intégrer cette information dont l’inconscient se refuse à savoir quoique ce soit.

Ainsi le psychisme largement occupé à refuser cette réalité car dans un état de stupeur, de sidération, de déni, que l’on peut apparenter à un événement qui relève du champ du traumatisme, est affaibli. Pertes de mémoires, absences, insomnies, manque de concentration ou d’attention, manque d’appétit, défenses immunitaires affaiblies, l’humain soumis à cette annonce de mort tout à fait inconcevable, irrecevable pour l’inconscient ne sait comment concilier cette information avec les données antérieures.

Irrémédiablement, cette annonce marque un après : une vie s’en est allée, et rien ne sera jamais plus comme avant. Désormais la famille est amputé d’un de ses membres, désormais on est orphelin de parent, ou encore jamais notre enfant ne connaitra sa grand-mère.

Comment intégrer cette annonce de mort ? A mon sens, dans le cas d’une longue maladie ou maladie grave, l’annonce létale du patient -dans le sens ou aucun remède curatif ne peut plus être proposé , et qui correspond à l'entrée en soins palliatifs lorsque les lits ne sont pas dédiés - est une Pré-annonce qui amorce une sorte de pré-deuil, notion proposée par M. Hanus : si la famille ou le proche peut l’entendre, il sait désormais que le temps est compté et que plus rien n’ira dans un mouvement progrédient, dans le sens ou le proche sera dans une situation où les pertes se succéderont irrémédiablement.Ainsi cette première annonce - d'échec médical, d'une science qui n'est en fait pas toute puissante telle qu'on voudrait l'imaginer - marque une première trace de ce qui sera ensuite confirmée par l'annonce de mort réelle.

Cette annonce se fera préférablement de vive voix . Si vous avez à être porteur de cette nouvelle, il peut être important que vous soyez vous même soutenu, contenu c'est à dire avec quelqu'un à vos cotés, avant de pouvoir communiquer cette nouvelle.

Annonce et conception de la mort chez l'enfant

Annonce et conception de la mort chez l'enfant

Sophie Rocco
Qu’est ce que le deuil ?Comment annoncer la mort à un enfant ?

Annoncer une maladie grave ou une mort, est d’autant moins aisé lorsque le destinataire est un enfant. En effet, l’adulte n’est il pas fondamentalement là pour protéger, rassurer l’enfant ? Mais n’est il pas là pour le guider également ?

Comment objectivement ne pas être dans la culpabilité d’annoncer le pire, en étant soi même peiné ? Comment rassurer l’enfant qui sent lui-même que l’adulte troublé, malgré ce qu’il laisse paraitre devant cette question fondamentale qu’est la question de la mort ? Faut il cacher son chagrin, sa peine et ses émotions face à un enfant, lui aussi confronté à une perte ?

Quelque soit l’âge de l’enfant concerné, cette annonce de mort est complexe. C’est en soins palliatifs mais également dans le champ du somatique, à l’hôpital, que j’ai perçu avec acuité cette difficulté, légitime, récurrente à laquelle sont confrontés les adultes en situation de deuil.

«Comment dire à mon fils que j’ai perdu l’enfant que je portais en mon seing ?» ou encore

«Comment dire à ma fille que sa tante qu’elle adorait est morte alors que celle-ci ne voulait pas que ses nièces la voit malade?»

«Comment imposer à mon enfant la lourdeur d’un deuil à son âge avec la perte de sa mère ?».

Dois je dire la vérité ?

Se demande souvent l’adulte, la sœur, le parent.

De façon générale, cela est très troublant de devoir être l’émissaire d’une mauvaise nouvelle à un enfant. C’est d’autant plus vrai, lorsque la question de la mort est convoquée, et toute l’énigme mais aussi l’angoisse que cette idée peut générer .Le point d’interrogation subsiste : qui est revenu de l’au delà pour assurer les vivants de ce qu’il y a, ou pas ensuite ?

Si on ne peut affirmer avec certitude ce que recouvre «l’après-vie», et quelque soit notre croyance, ce qui est certain est qu’une vraie perte, bien terrestre, bien humaine, très concrète vient d’avoir lieu. La personne qu’on aimait est morte et son corps est promis à une inéluctable transformation organique.

Faire cette annonce à quiconque plonge nécessairement dans la violence de la réalité car cela réclame d’avoir préalablement intégré soi-même, un tant soit peu, cette nouvelle funèbre pour en faire part à l’autre. C’est-à-dire reconnaitre en soi que la personne est en effet décédée et qu’aucun retour en arrière ne sera possible. Le déni, mécanisme de défense ,qui vise à protéger la conscience, en niant la réalité d’un événement, est alors difficile à maintenir si cette nouvelle à annoncer nous échoit.

En effet, être porteur de cette nouvelle nous place dans une position où l’on est soi-même confronté à la terrible vérité : la mort et l’irrémédiable vérité qu’elle recouvre. Annoncer un décès , c’est avoir le mauvais rôle en quelque sorte, c’est voir en miroir le visage de l’autre changer, nous confondant dans une sorte d’impuissance, sans pouvoir au fond , effacer cette vérité, sans pourvoir avoir recours à la 'pensée magique' dont on voudrait tant user pour gommer en un clin d’œil la terrible réalité : «ce n’est pas vrai, c’est une rêve, ou plutôt un cauchemar» voudrait on réaliser en s’éveillant soudainement.

Dire la mort à un enfant c’est aussi donc se confronter soi même avec cette délicate question, de ce que l’on en pense, car l’enfant ne manquera pas de nous interroger sur les points dont nous n’aurons pas toutes les réponses, il faut l’avouer.

Ce moment de l’annonce est néanmoins crucial car la façon dont cette mort sera annoncée n’est pas anodine et participera d’une certaine manière à la qualité du travail de deuil.

Il est toujours important de dire la VERITE à un enfant, quelque soit son âge, même s’il s’agit d’un nourrisson.Il est important de verbaliser et d’adapter bien sur votre langage aux capacités de l’enfant ; car taire la vérité et faire d’un décès (ou de sa raison d’ailleurs) un secret, ne peut qu’encrypter durablement sur le plan inconscient le deuil à venir, que ce soit dans cette génération ou dans la lignée à venir car « rien ne se perd, tout se transforme » selon la célèbre formule physique. Cette règle s’applique également à mon sens à la vie psychique.

Dire la vérité à un enfant, c’est le considérer, lui montrer qu’il est digne d’intérêt et de respect. Etre sincère, c’est lui montrer que vous avez confiance en lui et ses capacités, en ses ressources qui sont souvent surprenantes. C’est le reconnaitre comme un interlocuteur valable, capable d’écoute et de compréhension. C’est le respecter et le protéger de l’illusion d’un monde sans heurt car «la mort fait partie de la vie», et c’est l’occasion de lui transmettre parfois pour la première fois, une leçon de vie, en en définissant les limites.

Un lieu calme pour une annonce en douceur

La première chose qui importe est d’être dans un lieu calme, contenant, à l’abri des regards. Il peut être intéressant de préparer l’enfant, même s’il le pressent souvent à travers des silences et des expressions infra-verbales, au fait qu’on a une chose importante à lui dire. C’est une façon de préparer son inconscient à un choc et d’en » limiter » la violence traumatique.

Pour cela quelques points méritent d’être respecter.

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Perdre un proche

Perdre un proche

Sophie Rocco
Perdre un proche

Perdre un enfant, un conjoint, un parent, un ami, un collègue...

L’annonce d’une maladie dont le pronostic vital est sombre, l’annonce d’un décès est traumatique.
C’est ce qu’on pourrait appeler une «incongruence cognitive» c'est-à-dire que le cerveau tente de s’adapter, qu’entre le désir et la réalité un écart est tel qu’il crée un choc auquel le psychisme doit s’adapter.

Que perd t’on lorsqu’un être cher meurt?

Perdre quelqu’un qu’on aime,  c’est perdre ce qu’on était à ses yeux La qualité de la relation antérieure au décès du proche décédé détermine dans une certaine mesure la complexité du deuil à venir. En effet, si la relation était conflictuelle, le deuil peut en être complexifié car la culpabilité risque de faire «bouchon» ne permettant pas de faire le deuil de la personne.

La façon dont la personne décède est également très importante et va conditionner la façon dont on pourra faire le deuil de la personne perdue : qu’il s’agisse d’une mort brusque (accident, suicide), inattendue, brutale ou au contraire d’une longue maladie dont le pronostic létal était déjà clair, le déroulement de cette phase de deuil ne sera pas la même.

Enfin la nature de la relation avec la personne qu’on perd est également source de souffrance. En effet, la question de la place que le vivant a /avait vis-à-vis du proche questionne la place, dans l’interaction que chacun a pour l’autre. Ainsi perdre un enfant, c’est aussi faire le deuil du parent qu’on était pour cet enfant. Cet enfant ressemblait-il à un parent perdu? C’est la question d’une double perte symbolique qui peut être en jeu. Perdre un conjoint, au delà de ce qu’il représentait pour nous, c’est perdre cette vie en commun quotidienne faite de partage, d’échange, mais aussi dans l’altérité se poser des questions sur sa propre finitude. Perdre un parent ou un grand parent c’est aussi se questionner sur sa propre finitude.